2015(e)ko otsaila 16, astelehena

" Nor da nere lagun hurkoa ? Qui est mon prochain ?"


À la demande du collectif de Chrétiens pour la paix au Pays basque Atxik berrituz, la paroisse saint Pierre de l’Océan – Saint Jean de Luz a organisé un temps de prière pour la paix au Pays Basque et dans le monde le 6 février 2015 en la chapelle de la Sainte Famille d’Urdazuri. Une belle assemblée s’est retrouvée pour prier et méditer à partir de la parabole du bon Samaritain de l’évangile de saint Luc 10, 25-37.

ENTZUN HEMEN OTOITZALDIA

ECOUTER ICI LA VEILLÉE DE PRIÈRE




MOT D'ACCUEIL DE L'ABBÉ DOMINIQUE ERRECART

Guzieri agur bero bat eskaintzen dautzuet hunat etorririk. Familia sainduari eskainia den kapera huntan elgarretaratzen gira bakearen alde otoitz egiteko. Biziaren ondotik, Bakea, Jainkoak emaiten dituen oparietarik hoberena da, bai-ta ere hauskorrenetarik. Hortako, ez gira sekulan aski izanen, dohain hori beti eta beti galdegiteko, ikusiz nola eta zoin aise gizonkiak ostikatzen duen. Horiek hola eta, ez ditugu halere eskuak alfertzerat eta gogoak lokartzerat utzi nahi: Hortako, gure gaurko otoitza baliosa da, gu baitan esperantzaren argiak beti eta beti argi ditzan elgarrekin eta bertze guziekin ditugun haremanak eta loturak.

Chers amis, soyez tous les bienvenus ce soir. En nous réunissant dans cette chapelle, nous-nous doutons bien que nous ne sommes pas dans un lieu tout à fait neutre. Ce lieu est d’abord un lieu de prière, et c’est bien ce que nous-nous apprêtons à faire ensemble. Et, ce soir, notre prière aura une coloration particulière puisqu’elle sera orientée vers la paix: Nous demanderons à Dieu, source et accomplissement de Paix, qu’il nous aide tous et chacun à accueillir sa paix, pour progresser dans les chemins de fraternité, entre nous, dans nos familles et nos relations habituelles de voisinage, de travail, de loisirs, et aussi, plus largement, au Pays basque où a été entamé un processus de paix après près de 40 années de violences, d’attentats et de crimes. Sans oublier toutes les nations qui sont en guerre ou en conflit, celles qui sont sous l’emprise de la peur à cause du terrorisme ou des totalitarismes de toutes sortes.

Lors du rassemblement de Belloc le 10 novembre 2013, Mgr. Juan Maria Uriarte, évêque émérite de Donosti, nous donnait les raisons de prier et d’agir pour la paix:

“ La prière est l'apport le plus spécifique que nous, chrétiens, pouvons faire à la paix et à la réconciliation. La prière nous situe entre l'optimisme arrogant et le pessimisme résigné. Nous ne voulons pas, dans la prière, tout remettre entre les mains de Dieu, pour nous croiser les bras. Par la prière, nous reconnaissons que nos actes ne suffisent pas. Par la prière, nous demandons à l'Esprit de Jésus l'énergie et la volonté de poursuivre l'action. Dans la prière, nous acceptons nos aspirations et nos limites. La prière nourrit notre espérance et accroît notre patience. La prière, la véritable prière, renforce notre action et la bonifie, elle enrichit notre inventivité. La prière est le souffle céleste de notre action réconciliatrice.”

Voilà des convictions et des encouragements qui justifient ce soir encore notre rassemblement

Merci donc aux membres du comité ATXIK BERRITUZ de nous donner l’occasion de les rejoindre dans leur souci d’accompagner, humblement mais surement aussi, le processus de paix commencé au Pays basque depuis que le 20 octobre 2011, ETA a décidé d’abandonner la lutte armée et d’entrer dans une phase nouvelle de réflexion et de dialogue. Après de longues et dramatiques années noires, ils ont décidé de renoncer à leurs actions armées pour se rendre disponibles à la négociation. Mais la réponse tarde de la part des états Français et Espagnols qui, hélas, restent encore perplexes et dubitatifs devant ces propositions qui se vérifient pourtant durables.

De notre côté, grâce à notre foi en Jésus, nous voulons bien croire que la paix est possible parce que Dieu notre Créateur et père ne nous a pas donné un coeur figé comme un rocher, ou froid comme un bloc de glace, mais un coeur fait pour aimer, se rencontrer et pardonner. Il y a en tout homme, y compris dans le pire, une possibilité de renouveau et de progrès car l’Esprit du Seigneur travaille en lui. Qui sommes-nous pour lui couper les ailes ou les attacher avec des menottes?

Gaur beraz, Atxik berrituz taldekoekin, Jaunaren Izpiritua lagun, galdeginen dugu gure Jainko Aitari, bakea gure herriarentzat, gure familientzat, penan eta doluan direnentzat bai eta ere preso direnentzat, eta mundu zabalean gerlan, edo beldurrean diren gizon eta emazte guzientzat, ahantzi gabe oraino bortizkeria eta mehatxua usatzen duten guzientzat. Gizadiak maite mina, herri hunek bake mina... izan gaitezen guziak bakegile: hori dugu kantatzen.

INTERVENTION D'ATXIK BERRITUZ PAR PEIO OSPITAL

La Conférence d'Aiete du 27 octobre 2011 et la décision historique de l'ETA de renoncer à la lutte armée ont inauguré une ère nouvelle au Pays Basque, engagé désormais dans un processus de paix.

Les derniers attentats de début Janvier à Paris, nous font prendre conscience que la paix, une paix fondée sur les droits de l'homme,  est une valeur fondamentale, valeur fragile à défendre par tous. Le défi de la paix nous concerne tous, que ce soit au Pays Basque ou ailleurs.

En Iparralde,  un groupe de chrétiens, sous le nom d' ATXIK BERRITUZ (tenir bon en se renouvellant), a organisé  plusieurs soirées de rencontre sur le thème de la paix et la réconciliation,  à Bayonne, à Belloc, à Cambo et ce soir ici même au doyenné Sud Côte Basque, en lien avec des chrétiens  et prêtres de la communauté locale.

Je vous explique en quelques minutes le bien fondé de la démarche d’ATXIK BERRITUZ.

Elle  s'inscrit dans la dynamique d'appropriation du processus de paix par la société civile. Nous considérons, en effet, que la communauté chrétienne, pour autant qu'elle participe de la société civile, a une contribution spécifique à apporter dans l'évolution de ce processus.

Notre action est totalement indépendante de tout enjeu ou stratégie politiques et elle s’interdit tout jugement moral sur les personnes ou les événements; elle vise à renouer le lien brisé, en vue d'abolir la haine instaurée par suite du conflit. C'est ça le sens de la "réconciliation".

Pour cela, il convient de considérer d'abord et avant tout les personnes, les individus, LA Personne; et ceci dans une approche que nous souhaitons la plus "équilibrée" et équitable possible auprès des différents protagonistes du conflit.

Précisons que nous entendons par "victime", au sens large, toute personne ayant subi ou subissant une violation des droits de la personne humaine.

Il s'agit donc, pour nous, d'accompagner toutes les victimes (qui le souhaitent bien sûr) dans leur processus de reconstruction personnelle.

La souffrance est au-delà de toute couleur politique, et aucune souffrance ne doit nous être étrangère. La communauté chrétienne est dans son rôle lorsqu'elle crée des lieux de parole, d'écoute et d'échanges, et qu'elle mobilise en son sein un auditoire à la fois  bienveillant et compatissant.

En même temps c'est à un changement d'attitude individuelle que nous sommes invités.

La bonne attitude c'est celle du Samaritain: il voit un blessé au bord de la route. Il ne se pose pas la question de savoir qui il est, d'où il vient, quelle est sa religion, pourquoi il est dans cet état etc... Non ! Il est blessé, l'urgence c'est de le soigner ! Il ne fait pas de détour comme le prêtre ou le lévite, il descend de sa monture et prend en charge le blessé.

C'est là la tâche qui nous revient aujourd'hui: descendre de notre monture politique, idéologique ou religieuse et nous pencher sur les blessés. Nous connaissons peut-être autour de nous des personnes, des familles "blessées". Il nous faut porter un regard nouveau sur ces personnes et leurs situations, un regard fait d'empathie et de miséricorde. Tout commence par là, par le changement d'attitude individuelle.

Posons-nous la question: n'avons-nous pas péché (ne péchons-nous pas) par insensibilité ou indifférence, ou n'avons-nous pas été (ne sommes-nous pas) seulement sensibles à la souffrance des uns en ignorant celle des autres ?
Cette attitude, au-delà du soutien apporté aux protagonistes directs, est aussi de nature à modifier les rapports entre nous: lever les "tabous" ou faire tomber les préjugés existants, apaiser les tensions établies, renouer des liens rompus...
 C'est donc à un changement de mentalité, à une "conversion", que nous sommes invités. Cette évolution dans les comportements ne pourra que favoriser l'instauration d'un nouveau vivre ensemble, qui est en définitive le défi majeur auquel nous devons répondre ici et maintenant, au nom de l'Evangile.
C'est cette parole que nous entendons porter dans les différentes paroisses du Pays Basque, comme ici ce soir à Saint Jean de Luz.


HOMÉLIE DE L'ABBÉ DOMINIQUE ERRECART


Jainkoa eta lagunak maitatzea: Horra Jesusen arabera, sinesdunen lege bakarra. Hori aipatzean, ez du Jesusek deus berri erraiten. Lehen danik, Israëlgo sinesdunen legea zen. Bainan argi berri bat ekartzen du Jesusek, lege gizonari errantzuna emanez.

Zinezko lagun hurkoa da bertzetaz arta hartzen duena, eta ez, haren ondoan pasatzean, hor ez baliz bezala bidea segitzen duena.

• Qui est mon prochain avait demandé le docteur de la loi à Jésus : La réponse est claire dans la parabole où Jésus a mis en scène un prêtre, un lévite et un samaritain. Les 2 premiers, ne s’arrêtent pas au nom de leur religion et de leur souci de pureté. Le sang du blessé les aurait souillés en les rendant indignes pour le service du temple. Leur souci premier c’est le temple…

L’homme sanguinolent et souffrant sur la route ne les intéresse pas. Ils sont plutôt préoccupés par eux-mêmes…

Le samaritain lui, un étranger pourtant, que les juifs évitaient et dédaignaient, ne se pose pas de question : pour lui, la priorité est évidente : c’est l’homme à terre qui a besoin de secours ! Tout le reste peut attendre. Peu importe qui est cet homme. Ce n’est pas l’heure des questions, des conditions ou des réserves. L’urgence est de soigner, de tout faire pour l’empêcher de mourir.

• Jakin gabe nor den, zer egin duen, zertako den zauritua edo nork kolpatu duen, Samaritanoak bere gain hartzen du laguntzea. Lurrean den hori, gizon bat da, bera bezala. Hori aski zaio haren laguntzeko eta salbatzeko.

• Ce samaritain, cet étranger nous donne une bonne leçon d’humanité et de charité. Au contraire du prêtre et du lévite qui, au nom de leurs principes ne se sont pas arrêtés devant la détresse et la souffrance du blessé, lui prend le temps de s’occuper de lui: il regarde, s’arrête, soigne, transporte et donne des consignes généreuses à l’aubergiste pour que le blessé s’en sorte.

A travers ce samaritain, Jésus nous donne la recette du savoir vivre chrétien:

- Regarder les réalités douloureuses en face, sans les ignorer ni les fuir: Prendre la situation au sérieux, sans autre questionnement. Voilà une 1ère étape selon Jésus.

- Se pencher sur les blessures pour les soigner, sans interrogatoire ni jugement: voilà une 2ème étape.

- Ne pas se tromper sur ce qui est prioritaire et urgent au nom de principes, de morale, de religion... ou de qu’en dira-t-on... Une 3ème étape

- Agir, se mouiller, se salir les mains, transporter, organiser les soins sans compter... nouvelle étape: autrement dit aller jusqu’au bout de la rencontre pour qu’elle devienne fraternelle. Voilà ce que Jésus veut nous dire dans cette parabole...

• Zonbat gizon eta emazte gure bideetan zauriturik, gure eskuen eta bihotzen goait... Hainbertze edo sobera direlakotz, behar bada, aise uzten ditugu beren alde, parabolako apezak eta lebitak egin zuten bezala... ez baitugu astirik, beldur baigira sobera urrun joan-araziko gaituela ekintza horrek... Sobera maite dugulakotz gure trankilitasuna, lasaitasuna... Bizkitartean, hori dauku Jesusek galdatzen.

Azken gauza bat oraino :

Orroit zireztea zer zen lege gizonaren galdea ? Nor da nere lagun hurkoa ?

Ohartu zireztea, zer dion galdatzen Jesusek parabola kondatu ondoan : Hiru horietarik zoin izan da lagun hurkoa ? Nor da… Eta Zoin izan da… guri ere galde bera dauku Jesusek : Noren lagun urkoa zira zinez agertzen? Bakotxak du orai errantzun eman behar…

• Une fois de plus, Jésus nous invite à convertir notre regard: nous regardons si souvent avec les lunettes de nos à priori, de nos idées toutes faites, de nos jugements préfabriqués, sans oser regarder vraiment la réalité en face, sans compassion, sans empathie ni miséricorde ni humanité...

Que d’indifférences, d’ignorance volontaire, de mises à l’écart, pour ne pas avoir à nous déranger, à nous remuer, à nous engager...

Que de blessés sur les bords de nos routes quotidiennes... Que de souffrances... Que d’appels auxquels nous restons sourds, insensibles... Sans doute trions-nous, sélectionnons-nous les moins dérangeants, ceux qui nous paraissent les plus convenables...

L’enjeu est vital, pourtant, au dire de Jésus... C’est la vie éternelle qui est en jeu!!!